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Aux
XVIIe et XVIIIe siècles, on trouve des luthiers plus ou moins
importants un peu partout en Europe et surtout en Italie: à
Milan, à Bologne, à Venise, à Rome, à Naples, à Palerme; en
Allemagne, à Mittenwald, avec la famille Klotz, en Hollande,
à Paris, en Angleterre, en Norvège, en Autriche, à Prague, ainsi
qu’en Espagne...
Cependant,
la lutherie italienne déclina peu à peu dans la deuxième
moitié du XVIIIe siècle; les grandes écoles tombèrent en
décadence, en raison d’un travail de moins en moins soigné.
Mais cette déchéance est aussi certainement liée à
la fin de l’époque baroque, et rien ne pourrait souligner
plus clairement à quel point le violon représente un produit
du style de cette période.
Une
vague de rationalisation déferla sur la corporation des
luthiers. On essaya de mesurer les instruments afin d’en fixer
les données optimales. On rationalisa aussi le processus de
fabrications par une division du travail: des éléments
isolés furent produits par différentes personnes, puis assemblés.
C’est à partir de ce procédé de fabrication, auquel participèrent,
en maints endroits et jusqu’au XXe siècle, de nombreux travailleurs
à domicile, que s’est développée la facture industrielle
(qui ne permet pas - et on peut le comprendre aisément - de
porter à la qualité du timbre toute l’attention qu’elle sollicite).
La première fabrique de violons fut fondée vers 1790 à Mirecourt,
en France, par Didier Nicolas. Par la suite, d’autres villes
européennes se partagèrent la production en masse des instruments
à archet.
Vers
1800, des tentatives d’adaptation du violon au nouveau style
n’obtinrent aucun succès, malgré certains travaux de perfectionnement
tout de même intéressants. Ces tentatives sont à considérer
comme des produits de l’esprit nouveau qui régna après la Révolution
française (1789-1815 env.). Elles ne purent s’imposer, car
le nouveau contour proposé pour le violon lui conférait un timbre
différent, qui ne correspondait pas à l’idéal des musiciens.
D’autre part, le retour durant le XIXe siècle romantique aux
formes anciennes intervint bientôt. L’imitation des styles d’autrefois
(néo-gothique, style vieil allemand et néo-baroque) atteignirent
leur apogée.
Les luthiers achetèrent alors en gros d’anciens violons italiens
et commencèrent à spéculer. On prenait tout ce qui s’offrait,
le bon comme le mauvais... Les luthiers productifs se virent
forcés de "faire vieux" afin de pouvoir vendre leurs
instruments. Ainsi, on essaya de "cuire" les violons (Jean
Baptiste Vuillaume), en accélérant le processus naturel
de séchage, en les enfumant ou en utilisant des produits chimiques.
Ensuite
commença la série des expériences concernant le vernis; avec le temps se multiplièrent les essais en vue de retrouver
les anciennes compositions de vernis et de colorations.
On obtint des résultats remarquables sur de petites surfaces,
mais presque jamais sur la surface entière d’un instrument!
- une preuve que l’art du vernissage dépend moins du matériel
que de la main expérimentée et de l’oeil connaisseur du luthier.
L’évolution
pernicieuse qui se produisit au XIXe siècle conduisit à des
imitations sans nombre, à des falsifications même.
On rapporte que J.B. Vuillaume avait copié le Guarnerius de
Paganini si fidèlement que Paganini lui-même ne put, au premier
instant, reconnaître l’original. De même, le Stradivarius nommé
"Balfour" se révéla beaucoup plus tard être une oeuvre
de J.B. Vuillaume!
Ces
faits témoignent des talents que possédaient ou que possèdent
certains luthiers modernes. Il est regrettable qu’un homme aussi
génial que Vuillaume se soit vu dans l’obligation de copier.
Ses violons "rouges" typiques appartiennent aux plus
grandes merveilles de la lutherie. Ainsi, de nouveaux chefs-d’oeuvre
apparaissent, qui ne sont cependant que des copies ou des imitations
libres des instruments anciens.
Une
nouvelle tâche apparut au début du XXe siècle, à la suite de
l’intérêt croissant porté à la musique baroque: comme
les violons anciens restés inchangés manquaient totalement,
ou du moins n’étaient pas en nombre suffisant, on construisit
des violons selon la conception classique. De tels instruments
furent présentés pour la première fois en 1930.

Aujourdhui
encore, des luthiers fabriquent de beaux et solides violons
de manière entièrement artisanale, malgré lexistence des
procédés industriels donnant, quant à eux, des résultats très
souvent catastrophiques et ce, à tous les points de vue! Le
violon - instrument infiniment complexe - a besoin de tout lamour
dun luthier sachant allier à une longue expérience, patience,
minutie, habileté et intuition, pour pouvoir être pleinement
ce quon peut attendre dun instrument dune si riche
évolution...
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